Quizá por vez primera en muchos años, el (la) canciller de Alemania, Angela Merkel, critica con severidad, en una cumbre europea, al presidente de Francia (Jacques Chirac).
Le Monde, fechado 24 marzo 2006:
Angela Merkel refuse l’Europe de l’énergie et critique Jacques Chirac
LE MONDE | 24.03.06 | 13h27 • Mis à jour le 24.03.06 | 13h27
BRUXELLES BUREAU EUROPEEN
Jacques Chirac a quitté ostensiblement la salle à l’ouverture du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-cinq, afin de protester contre le choix d’Ernest-Antoine Seillière, président de l’organisation patronale européenne, l’Unice, de s’exprimer en anglais plutôt qu’en français. M. Chirac a entraîné avec lui son ministre des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, et son ministre des finances, Thierry Breton.
Les trois hommes sont revenus après l’intervention de l’ex-président du patronat français. Celui-ci avait été invité par la présidence autrichienne à prendre la parole avant l’ouverture officielle du Conseil européen. Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, l’avait précédé (en français) et Candido Mendez Rodriguez, président de la Confédération européenne des syndicats, lui a succédé (en espagnol). M. Seillière a déclaré qu’il parlerait en anglais parce que c’est “la langue de l’entreprise”. L’Elysée indique que M. Chirac a réagi spontanément au nom de la défense de la langue française. Le président n’aura pas eu à entendre M. Seillière, qui a appelé les dirigeants à résister à toute forme de protectionnisme qui décourage les alliances transfrontalières.
Car les controverses entre Paris et Rome sur la fusion Gaz de France et Suez destinée à contrer un raid de l’italien Enel sur ce dernier, et entre Berlin et Madrid au sujet de l’offre de l’allemand E.ON sur l’espagnol Endesa ont plané sur le Conseil. La chancelière allemande, Angela Merkel, à laquelle il est revenu d’introduire le débat du dîner sur la politique énergétique de l’Union européenne, avait mis les pieds dans le plat, dans l’après-midi, lors de la réunion des dirigeants du Parti populaire européen (PPE). Elle a attaqué indirectement Paris et Madrid. Mettant en cause les tendances protectionnistes, elle a invité ses partenaires européens à “ne pas penser uniquement en termes nationaux” et à “se mettre d’accord sur des champions européens”. “Sinon, avait-elle dit, le marché européen n’aurait aucun sens”.
En séance, le président français a justifié l’attitude de Paris. “La construction d’une Europe de l’énergie ne saurait se résumer à la libéralisation des marchés, a-t-il dit. Nous devons donc tout faire pour encourager le développement de champions européens, fondés sur une ambition industrielle forte, et non sur des approches purement financières”. Après une tentative infructueuse d’obtenir une déclaration condamnant la politique française, Silvio Berlusconi, le président du Conseil italien, avait décidé, pour sa part, d’en rester là : “On n’a pas besoin d’en parler, les positions sont très claires, et je n’ai rien de nouveau à lui dire”, a-t-il lancé.
“CONSENSUS POLITIQUE”
Le chancelier autrichien, Wolfgang Schüssel, qui assure la présidence de l’Union, a pu se dire satisfait jeudi soir que la discussion d’une politique énergétique se soit passée “sans aucune controverse”. Les Vingt-cinq ont débattu, selon M. Schüssel, “de principes et de stratégies”. Il s’agit d’assurer la sécurité des approvisionnements en musclant la politique de l’Union à l’égard de ses fournisseurs et de développer la diversité du “bouquet énergétique” dans le respect des souverainetés nationales. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a noté l’existence d’un “consensus politique sur les principales orientations”, mais déploré l’absence de “conclusions concrètes sur des politiques spécifiques”. “Nous en sommes encore aux balbutiements”, a-t-il dit, avant d’ajouter : “Si nous voulons être crédibles vis-à-vis de l’extérieur, nous devons être unis à l’intérieur”.
Comme souvent, les explications de texte ont lieu lors des réunions précédant le sommet ou par médias interposés. Avant le Conseil, Mme Merkel avait fait savoir sur le site de la chancellerie qu’elle ne voulait pas accorder “de nouvelles compétences à l’Union”. Les Etats doivent, selon elle, conserver leurs prérogatives en matière d’approvisionnement et de protection de l’environnement. Ce qui signifie une fin de non-recevoir aux Polonais et aux Baltes qui contestent la création du gazoduc nord-européen signé par Berlin et Moscou. Pour M. Schüssel, la recherche d’une politique commune de l’énergie est “un projet qui a besoin de temps et du soutien de tout le monde”.
Thomas Ferenczi et Philippe Ricard
Article paru dans l’édition du 25.03.06